La présomption de compétence ou le malheur de l'élite française
Dans son livre "Petite poucette", Michel Serres explique que les internets ont changé le rapport qu'on avait avec l'autorité. Les internets permettent à tout un chacun de se renseigner voire d'apprendre sur tous les sujets : un mal, une question d'actualité, une recherche sémantique etc... tout est accessible, c'est tellement devenu la norme que les journalistes ont positionné comme le "must" de leur profession le fameux "fact checking" ou l'art de faire son métier réellement.
Et Michel Serres de poser son idée : les internets font naître une présomption de compétence. Cela se traduit par le fait simple que si telle ou telle personne se trouve devant moi et m'enseigne, me manage voire me gouverne, il doit être plus compétent que moi à ce poste. La compétence n'est plus symbolisée par la couleur de la blouse ou le grade qu'il y a sur les épaules, la compétence est le savoir et l'action qu'il génère. Effectivement, si je trouve les racines de mon mal suis-je capable de m'opérer ? ou bien, si je comprends les mécaniques financières, suis-je capable de créer une dynamique de haut de bilan ? La limite des internets est la compétence que l'on donne à quelqu'un(e) qui me dépasse, l'élite.
Oui, cette élite qui nous gouverne, cette élite qui est esseulée, cette élite qui croit savoir.
Cette élite n'a pas encore compris que Keynes venait d'enterrer Smith, que les producteurs devaient se plier aux consommateurs qui se sont organisés dans des associations sans contour que proposent les internets.
Cette élite est aujourd'hui larguée par les enjeux qui poussent de plus en plus fortement des internets. Elle n'y comprends rien. Hadopi est un très bel exemple.
Il y a quelques jours je discutais avec un des patrons d'une des plus grandes agences de publicité mondiale qui se félicite d'avoir dans son portefeuille les plus belles sociétés du CAC 40 mais qui ne comprend rien à une reflexion prospectiviste sur les comportements des internautes. Rien. Il écoute et arrive, parce qu'il a du talent, à reformuler. A la question de savoir s'il était capable de l'expliquer à ses mandants la réponse fut singlante : "il y a des gens en-dessous pour cela". Avec lui, j'ai ri. Lui pour son bon mot, moi pour son malheur. Sans cynisme.
Oui, sans cynisme. J'ai déjà écrit sur l'exclusion des élites. Avec les nouvelles personnes augmentées que génèrent les internets, il est impossible de n'avoir qu'un titre issu de quelques systèmes que cela soit (communication, élection, etc...) pour avoir l'autorité nécessaire pour diriger. Non, il est impératif d'arriver à faire sorte de faire grandir ceux dont on est en charge. Les internets font évoluer les choses en profondeur. Tel un tsunami, mais la vague n'est pas encore visible pour tout le monde.