Hollande est-il la victime du fact-checking institué en nouveau dogme journalistique ou est-ce autre chose ?
Le titre de l'Express de cette semaine est terrible. A peine 100 jours de présidence de François Hollande et déjà les premiers bilans sur tout ce qui manque... Même si Rome ne s'est pas faite en un jour, il y a, à l'évidence, des journalistes qui ne veulent pas reproduire les mêmes erreurs qu'avec Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy avait su embarquer les médias, il ne les a pas mis à sa botte comme Mitterrand avait su le faire, il les a séduits sans jamais consommer pour autant. Une allumeuse. Et puis un matin de janvier 2008, ils se sont réveillés et sont partis en campagne contre le pouvoir en place. En 2010, le fact-checking a débarqué et la note s'est alourdie pour Nicolas Sarkozy.
Aujourd'hui, nous sommes à peine 100 jours après l'élection de François Hollande et ils commencent déjà à lui pourrir la vie.
La question est Pourquoi ?
En quelques mois, on a changé d'ère journalistique : Le fact-checking est devenu la règle. Avant, ce n'était pas vraiment le cas, on balançait une information avec plus ou moins de vérification et de subjectivité. Avec les internets, ce n'est plus possible. Monsieur-tout-le-monde peut tout vérifier à partir du moment où cela a été rendu public. Les médias ont emboité cette tendance. C'est tellement devenu commun que des émissions de télévision et de radio consacrent la chose !...
Pourquoi Hollande plus qu'un autre ?... D'abord parce qu'il est le premier à devoir vivre cet état des choses dés le début de son mandat. Ensuite, Sarkozy a tellement pris de seaux d'eau dans la figure que pour une bonne impartialité, Hollande doit en prendre autant sinon les journalistes risqueraient d'être taxés de militantisme.
Mais Hollande a montré une faiblesse importante aux yeux des français : il ne tient pas ses femmes. Tout juste sortis, trois livres dont le remarquable "L'Ex" de Sylvain Courage aux éditions du Moment, racontent avec luxe de détails la rivalité absolue entre Ségolène Royal et Valérie Trierweiler.
Nicolas Sarkozy s'est fait plaquer par la sienne, il en a trouvé une autre, il s'est marié avec elle. La première n'est pas venu l'emmerder, la seconde n'a rien fait contre lui. Pour François Hollande, c'est un peu comme pour Mitterrand, c'est la double vie, mais à l'heure de l'ultra-médiatisation. Alors, forcément, cela crée des tensions entre les femmes et comme elles sont publiques et jalouses, cela prend des proportions importantes.
C'est cette publicité qui résonne dans le pays comme une onde sismique. Dans les provinces comme dans les campagnes, le Président est montré comme un homme qui n'est pas capable de tenir ses femmes alors comment pourrait-il tenir la France ? Ce raisonnement simpliste est très répandu et s'amplifie.
Connaissant cette fragilité, les journalistes peuvent d'autant plus en faire des caisses - souvent à juste titre - sur les promesses de François Hollande. C'est vrai qu'avec ce manque de discrétion Hollande tombe dans ce qu'il dénonçait : la peoplisation de sa vie privée. Et quand les journalistes font du fact-checking sur le pouvoir, ils mettent sous pression les politiques. Des sorties de route vont se répéter...
Au delà des sujets traités cette semaine par tous les hebdomadaires (75% imposables au-dessus de 1M€ intenables, Règle d'Or qui fache, Gaz de Schiste qui agace, etc...), qui aurait su que Filipetti et Cahuzac se détestaient à ce point là ? Qui aurait su qu'au nez et à la barbe de Montebourg, Moscovici aurait demandé à Pigasse (patron de la femme de Montebourg) d'être le conseiller d'un projet financier d'Etat ? Qui aurait su que Manuel Valls et Christine Taubira se mettraient aussi vite sur la figure ? Qui aurait su que Manuel Valls (...encore !) se mettrait dans les bottes de Claude Guéant si vite ?... Et je ne parle pas des hommes et des femmes qui ont déposé tout leur désespoir sur les épaules de François Hollande le 6 mai dernier et qui dans les forums de discussion et autres réseaux sociaux commencent à se plaindre de plus en plus... En somme, si tout ce qui sort aussi rapidement et aussi facilement aujourd'hui continue à monter, il faut se demander si ce n'est pas la conséquence d'une absence de leadership au sommet de l'Etat.
L'armée des ombres est en train de se mettre en marche progressivement contre tous les pouvoirs. Sarkozy en a fait les frais, Hollande en montrant si vite ses faiblesses est en train d'en subir les premières conséquences alors qu'une majorité de français pensait qu'il tiendrait mieux le choc. Et tapi dans ces ombres, le Front National attend. En silence.