Requiem pour Netvibes
Le rachat d'une entreprise c'est parfois comme un enterrement.
A un enterrement, ce n'est pas tant sur le mort que l'assemblée pleure mais chacun des présents sur soi-même. Et quand vient le moment de faire l'éloge du disparu, ceux qui prennent la parole parlent plus souvent de leurs propres qualités que de celles du défunt à qui ils croient, souvent de bonne foi, rendre un dernier hommage. In memoriam, façon de signifier j'ai été (une part de sa vie) et je suis (encore là).
Qui n'a jamais entendu ces remémorations émues ponctuées de ces tournures : "J'ai toujours su qu'il serait capable de..." ou "Moi qui ne supportais pas..., elle a su me convaincre de..." ou encore "C'est moi qui lui avais présenté sa femme et je me souviendrai toujours..." ?
La vie et les gens qui racontent la vie sont ainsi faits que, face à la mort, ils n'ont de cesse de crier, de façon souvent inconsciente et muette, qu'ils sont bien vivants. Qu'ils existent encore.
Et entre les blancs des mots, ce n'est donc rien d'autre qu'un long cri d'un je au jeu parfois douloureux. Je suis là et j'ai été une part de la vie de celui qui fut.
Comme une supplique au(x) dieu(x) des hommes, athées ou non ...
Quand il n'y a personne d'autre pour dire une prière pour soi, il faut bien la dire soi-même.
Aide-toi, le ciel (ou le potentiel) t'aidera.
Le rachat d'une entreprise, c'est parfois comme un enterrement.
Ce n'est pas tant de l'entreprise rachetée que les gens se réjouissent mais sur eux-même. Et quand vient le moment de faire l'éloge de "la rachetée", ceux qui prennent la parole parlent plus souvent de leurs propres qualités que de ceux à qui ils croient, rarement de bonne foi, rendre hommage.
Cette semaine, j'ai appris l'acquisition de Netvibes par Dassault Systèmes.
Et assisté à un enterrement de première classe. Un panégyrique écrit par Jacques Froissant, (saint) patron d'Altaïde, qui crie être encore vivant et avoir été une part de la réussite de "la rachetée".
On peut donc être et avoir été.
Verbatim - coquilles comprises. C'est doublement humain. Une histoire d'hommes.
Quand Tarik Krim, son fondateur, quitte Netvibes il y a quelques années, beaucoup de monde en prédise la fin. Peu faisait confiance à Freddy Mini sur sa capacité à en faire quelque chose, chez Altaïde nous sommes fiers de l’avoir soutenu.[...]
Pierre Chappaz (Kelkoo, eBuzzing), associé à Tarik aux débuts de l’entreprise, avait fait venir Freddy Mini. [...] Et j’avais dit à Pierre que recruter Freddy c’était une excellente idée.[...] Je le dit souvent la seule constance dans la réussite d’une start-up c’est la qualité du management et l’exigence en recrutement. En voici une illustration de plus.
Oui, une illustration de plus.
Le rachat d'une entreprise, c'est parfois comme un enterrement.
On s'y débat pour faire entendre sa voix de vivant. Et moi, et moi, et moi.
Comme une supplique au(x) dieu(x) des affaires. Quand il n'y a personne d'autre pour dire une prière pour soi, il faut bien la dire soi-même.
Aide-toi, l'industriel t'aidera.
P.S. : Mon homélie sur le rachat de Netvibes ?
MOI JE... moi je n'ai rien à valoriser, aucun bénéfice à retirer ou à attendre du rachat de Netvibes, pas de souvenir glorieux à partager pour illustrer mon propos à cet enterrement sauf une rencontre avec Freddy dans un bar à Saint Michel dans Paris.
Tout juste m'accorderais-je le droit de féliciter Freddy pour ce rachat, dont d'ailleurs je ne connais pas les termes exacts.
A 50 millions lorsque, dixit Chappaz, eBay voulait racheter Netvibes, ç'eut été une autre cérémonie ! Aujourd'hui, à 20 millions d'euros, comme le même Chappaz l'a éventé, cela permet tout juste aux investisseurs de récupérer leur mise.
Alors, éventuellement, espérons pour les uns (Netvibes) et les autres (Dassault Systèmes) que c'est un bon deal, et levons nos verres vers le Cloud et à l'économie de l'Internet français, qui est encore vivante...