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Mon dîner aux Chandelles...

Echangisme Il y a un plat que l'on ne goûte pas assez dans sa vie : c'est se manger un râteau suivi d'une bonne paire de tarte. Ces plats d'anthologie, sachez-le, ne sont pas encore inscrits au patrimoine immatériel de l'humanité. Ils ne sont pas compliqués à commander. Il suffit de demander à une Parisienne avisée si elle souhaite dîner avec vous ce soir aux Chandelles, la célèbre boîte échangiste de la rue Thérèse, à Paris. Logiquement, la beigne ne tarde pas et vous êtes là, séché sur place avec un sourire idiot. Cela vous apprendra. Un dîner aux Chandelles se prépare longtemps en amont. Un travail sur l'oreiller, à l'échauffement, au harcèlement textuel. Logiquement, si vous avez le verbe aussi travaillé que le désir chevillé, il n'y a pas de raison que, dans un moment de bonté, on vous accorde cet ­enfantillage. Ensuite, c'est du bowling. La réservation ne vous posera aucun problème, sauf que… Vous êtes prévenu, on peut très bien vous refuser l'entrée. Question de bobines, et de stilettos. Nous avions donc réservé un jeudi soir (on évitera les kermesses Ikea du week-end), histoire d'avoir un peu la paix et d'entrer doucement en température.

 

Vers 21 h 30, nous sonnons à la porte avec quelques arguments tangibles, une tenue sexy mais chic pour la demoiselle, un costume d'été et une chemise repassée du jour pour l'obsédé. Dans le sas d'entrée, après un fébrile coup de sonnette, nous attendons l'ouverture des portes de l'Enfer. On s'imagine épié, scanérisé, on s'introspecte mentalement. Cela dure, sed lex. Puis après deux minutes, un monsieur nous ouvre et nous conduit au restaurant. Il y a juste trois tablées de couples devisant paisiblement comme si nous étions au Relais d'Auteuil. On s'assied en regardant si on ne va tomber sur un entrelacs de corps haletants. Non rien, des chandelles (nous y voilà), de la pénombre (parfait pour les Tex Avery) et un buffet posté dans un recoin. Inutile de dire que ce que l'on vient se taper ici, ce n'est pas la cloche.

 

Donc, nourritures pincées (sushis, snacks), plat chaud entraperçu et petits desserts en verrines et macarons. Le tremblement, c'est pour plus tard. Vers 23 heures, nous regagnons le bar, où déjà des couples sont dans un véritable travail de regards coulissants. Ensuite, tout va très vite, petits corridors, salles obscures, divans et matelas ; un moment d'inattention et ma fiancée s'est trouvée happée par deux playmates, pendant que je me retrouvai abordé par une demoiselle que je m'étais juré de ne surtout pas approcher (une blonde transparente). À un moment donné, j'ai eu comme un violent remords, un sursaut moral : je venais de perdre une chaussette. Elle est noire avec un petit écusson rouge sur le haut. Si vous la retrouvez, elle est à moi. Faites-la suivre au journal. Discrètement, s'il vous plaît. Cela dit, avec ce papier, au point où j'en suis… Il ne me reste plus qu'à y retourner ce soir. À propos, voulez-vous dîner avec moi ce soir ? Comptez pour deux environ 250 euros, avec, dîner, une bouteille de champagne et deux consommations au bar.

 

Les Chandelles, 1, rue Thérèse, Paris Ier. Tél. : 01 42 60 43 31.

 

Article publié dans le Figaro sous la plume de François Simon.

 

23/06/2011

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