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"Bon Anniversaire Courrier International !" par Jacques Rosselin (Fondateur)

Image 1 Image 2 J'ai appris par un ami que Courrier International fêtait ses 20 ans ce soir dans un théâtre parisien. Ce choix dans la date m'a étonné. Parce qu'aujourd'hui, nous sommes le 8 septembre et que Courrier est né le 8 novembre 1990. C'est pourtant une date facile à retenir le 8 novembre, parce que c'est le premier anniversaire de la chute du mur de Berlin. Et parce que c'est l'anniversaire de mon père.

Ce soir là, on le tenait notre n°1, imprimé chez Dulac. On avait organisé une fête à l'Opus, quai de Valmy. Une formation d'une quinzaine de cuivres emmenée par mon cousin avait fait vibrer l'hymne du journal, une création musicale à la mesure de l'événement. Alors pourquoi diable choisir le 8 septembre ?

C'est peut-être le 8 septembre 1987 que Maurice Ronai avons esquissé les contours de Courrier International, à la table d'un café de la Bastille, bientôt rejoint par Hervé Lavergne, un compagnon de route de VSD, et Jean-Michel Boissier, qui avait créé Priorité à gauche avec Maurice et moi (il faut vous dire que Priorité à gauche et VSD étaient voisins, rue Paul-Baudry à Paris).

Ou alors, c'est peut-être le 8 septembre 1990 que nous nous sommes lancés dans la fabrication d'un premier zéro en temps réel, et qu'après une nuit blanche, Alfred Mignot, Juan Calderon et moi n'avons réussi qu'à boucler 2 pages sur les 32 que comptait le journal. Et que j'ai pleuré de fatigue et d'angoisse, à deux mois du lancement.

Mais après tout, pourquoi faire une fixette sur septembre et ne pas choisir ce jour de janvier 1988, où le tout tout premier numéro zéro est sorti ? Il était photocopié sur du papier A1, grand comme le Wall Street Journal et beau comme un camion. Il y avait à la une un article du Financial Times et une caricature de Benedetti et Minc - eh oui Alain, déjà ! -  à l'assaut de la Société générale de Belgique, vénérable institution qui d'ailleurs, étrangement, deviendra plus tard notre actionnaire.

Ou peut-être faudrait-il retrouver la date exacte de cet émouvant jour de mars 1988 où nous avons réunis familles et amis à la Maison de l'Amérique latine, grâce à Bernard Cassen, pour leur présenter notre projet, puis les rançonner implacablement. Au final, nous avons récolté 300 000 Francs en quelque 80 chèques, dont un du patron de Sud-Ouest Jean-François Lemoine et un autre de 100 000 F de Christian Marchandise, fondateur de Télémarket. C'est avec ces tout premiers actionnaires que nous avons pu démarrer, produire un numéro zéro (tabloïd cette fois), nous payer quelques études avec l'aide de Jean-Marc Lech d'Ipsos, rédiger notre business plan et surtout, surtout tenir pendant les 2 ans qu'il nous a fallu pour réunir le capital de départ, hébergés par des sociétés amies : le fabricant de dictionnaire "Intellexis" de Philippe Amiel, puis l'agence A.Jour de François de Valence.

Un anniversaire plus printanier pourrait être celui du 24 mai 1990, jour fondateur où, grâce au coup de pouce d'Eric Ghébali et de Tony Dreyfus, nous nous sommes retrouvés dans le bureau de Pierre Bergé pour signer l'acte de naissance du journal. C'est bien avenue Marceau, sous le regard mélancolique du portrait d'Yves Saint-Laurent, et celui plus sévère de son directeur général, Jean-Francis Bretelle, que Pierre a signé patiemment (lui qui déteste tant signer) l'épais pensum que nous avait préparé notre avocat. L'épreuve était si fastidieuse qu'il a du proposer à son co-actionnaire, Guy de Wouters, de poser les documents sur une tablette pliante sortie spécialement pour l'occasion. Hervé et moi tétanisés, suant les secondes, ne pensions qu'au moment où tout cela serait fini, où nous pourrions dire au revoir poliment, sans bafouiller, et rejoindre nos deux amis au bistrot en face, la Mascotte, avec deux chèques de 5 millions de Francs. 10 millions... Ca c'est une somme !  Il en faudra finalement beaucoup plus pour installer Courrier International durablement dans le paysage (ça coûte cher de créer un journal). Heureusement Pierre Bergé y croyait autant, sinon plus que nous. Il est vrai que le doute s'était insinué après deux ans de porte à porte et de refus de tous ce que Paris comptait comme groupes de presse (dont l'actuel taulier) et investisseurs improbables.

Nous pourrions aussi arroser le premier jour de l'installation dans la pépinière d'entreprise de Ménilmontant, rue Soleillet. A l'époque, Courrier employait une vingtaine de personnes que l'on pouvait réunir au complet pour d'interminables conférences de rédaction. Ils se reconnaîtront facilement : Isabelle Lasserre, Agathe Duparc, Chantal Lesfauries, Kazuhiko Yatabe, Gérard Delubac... Une pensée particulière pour ma soeur Isabelle Rosselin, traductrice d'exception (qui a encore récemment traduit l'interview de Prince pour Courrier) et pour ma voisine du dessus de l'époque (qui y fait toujours des petits dessins).

Image 3 Et puis comment oublier le jour du voyage à l'Asahi Shimbun, la guerre du Golfe et les journaux arabes interdits en France, Vilnius et les articles envoyés par fax pendant le coup d'Etat grâce à nos journalistes déguisées en paysannes lituaniennes (?!), la sortie de la Nezavissimaïa Gazetta et la poignée de main molle de Gorbatchev, le coup d'Etat russe en direct avec France Info, l'illustre inconnu Clinton annoncé dès novembre 1991 en couverture, le jour où Die Zeit nous a donné un article avant même de le publier lui-même...

Courrier à tant d'anniversaires ! Ça tombe bien, ses anciens combattants, aujourd'hui un peu gâteux, adorent les commémorations. Alors aujourd'hui ou un autre jour...

Bon anniversaire Courrier,

Jacques Rosselin
Fondateur et directeur du journal de 1990 à 1995.

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08/09/2010

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